Comment représenter le web ?
Le web a fait l’objet de nombreuses métaphores censées rendre plus compréhensible et lisible, pour un nouveau public néophyte, une technologie qui était alors très abstraite et difficile à appréhender.
Surfer sur (l’)internet
L’une des plus célèbres est attribuée à Jean Armour Polly – une bibliothécaire de l’université du Minnesota qui, en 1992, publie un article dans le bulletin de la bibliothèque intitulé “Surfing the internet”.
Une première manifestation du malentendu – qui perdure encore aujourd’hui — entre internet et le web.
J’avais aussi besoin de quelque chose qui évoque un sentiment de hasard, de chaos, et même de danger. Je voulais quelque chose de marin, qui évoque le filet, un lien nautique.
Jean Armour Polly
Un espace vaste et inconnu, dans lequel on se laisse porté par un courant imprévisible fait de digressions et de rencontre inattendues.
L’autoroute de l’information
En 1978, Al Gore introduit le terme d’« autoroute de l‘information » pour parler de cette infrastructure qui s’étend alors sur tous les continents.
L’objectif de ce terme est politique : il s’agit de convaincre les gouvernements d’investir dans le développement de cette infrastructure, qui est alors encore très coûteuse et peu accessible – promettant ainsi une rapide croissance économique et une amélioration de la qualité de vie.
Bien que notre connaissance de cette technologie par le public s’améliore, nous avons toujours du mal à nous en figurer la complexité, qui est à la fois logistique, structurelle, culturelle et sociale.
Toutes ces métaphores échouent ainsi à en montrer toute la complexité, essentialisant toujours certaines caractéristiques au détriment d’autres.
Le web n’est pas l’internet
Déjà, le web et internet sont deux choses très différentes. Le web utilise l’internet, mais pas l’inverse.
Internet
Internet (pour INTERconnected NETworks) est une infrastructure de communication qui permet à des ordinateurs du monde entier de communiquer entre eux.
C’est une infrastructure très tangible, faite de cables, d’ordinateur et de centres de données.
Internet est un réseau, né comme un projet de recherche militaire dans les années 1960, avant de devenir un outil de communication pour les universités et les agences gouvernementales dans les années 1980.
Aujourd’hui, c’est un réseau mondial qui connecte des milliards d’ordinateurs et de dispositifs entre eux.
Plusieurs protocoles utilisent cette infrastructure pour permettre de communiquer. Le web utilise par exemple l’Hypertexte (HTTP), mais il y en a plein d’autres ; FTP pour le transfert de fichier, ou encore SMTP pour la messagerie électronique.
Un protocole, c’est un ensemble de règles qui permettent à des ordinateurs de communiquer entre eux. C’est un langage commun qui permet à des machines différentes de se comprendre, et ainsi de communiquer.
Le web
Le web, c’est un système de publication et de consultation d’informations, qui utilise le protocole HTTP pour permettre aux utilisateur·ice·s de naviguer entre différentes pages.
L’hypertexte
L’hypertexte est un concept fondamental pour comprendre le paradigme sur lequel fonctionne le web, et pourquoi il a été créé.
Dans un livre, on avance de manière linéaire ; une page après l’autre. Le contenu se déroule tel que l’auteurice l’a organisé.
Imaginez que vous puissiez connecter les idées entres elles, permettant de bondir d’un livre à l’autre pour faire des digressions sur un terme qui vous intéresse ; c’est ce que permet l’hypertexte.
En réalité, on trouve déjà des prémices de textes augmentés dans des ouvrages très anciens, comme les bibles glosées.
Cette volonté de pouvoir organiser le savoir de manière non linéaire précède donc le web.
Mundaneum
En 1910, Paul Otlet et Henri La Fontaine créent le Mundaneum, un projet de classification du savoir qui utilise des fiches – dressées par des bibliothécaires – qui étaient perforées à l’aide d’un code à points, pour permettre de faire des liens entre les différentes fiches.
Memex
En 1945, Vannevar Bush publie un article intitulé “As We May Think” dans lequel il décrit un projet de machine appelée Memex, qui permettrait de stocker et de consulter des informations de manière hypertextuelle.
Xanadu
Ted Nelson forge en 1965 le concept d’hypertexte, notamment au travers de son projet Xanadu, finalement trop complexe à mettre en œuvre. Il pose cependant les bases de ce qui va devenir le World Wide Web.
Permettez-moi d’introduire le terme « hypertexte » pour désigner un ensemble de documents écrits ou illustrés reliés entre eux de manière si complexe qu’il serait difficile de les présenter ou de les représenter sur papier.
A File Structure for the Complex, the Changing, and the Indeterminate, Ted Nelson, 1965
C’est la note laissée sur une copie de “Information Management: A Proposal”, rédigée par Tim Berners-Lee en 1989. Il y propose un système de mise en relation des informations, pour faire dialoguer les recherches au sein du CERN.
En 1993, Tim Berners-Lee présente son logiciel « WorldWideWeb », un système de publication et de consultation d’informations qui utilise l’hypertexte pour permettre un ensemble de document scientifiques de circuler et de s’articuler.
Les pages utilisent un système de balises pour structurer le contenu, et des liens pour permettre de naviguer entre les différentes pages. Par exemple :
<h1>Grand titre</h1>h1 indique qu’il s’agit d’un titre de niveau 1.
<p>Blabla</p>p indique qu’il s’agit d’un paragraphe.
<p>Voici un <a href="adresse.fr">lien</a> dans un paragraphe</p>a indique qu’il s’agit d’un lien.
Ce système permet d’indiquer au navigateur comment l’élément doit être rendu sur l’interface de l’utilisateur·ice.
D’abord accessible uniquement sur l’ordinateur de Berners-Lee, un premier « navigateur » est développé en 1991 pour permettre à d’autres terminaux de consulter les documents publiés sur le web.
Les premiers navigateurs grand public apparaissent vers 1993, avec notamment Mosaic, qui est le premier à intégrer des images dans les pages web, et à être disponible sur plusieurs plateformes.
Cependant le web ne devient vraiment populaire qu’à partir de 1994, avec l’arrivée de Netscape Navigator, qui est le premier navigateur à être largement utilisé par le grand public.
En 1995, Microsoft lance Internet Explorer, qui devient rapidement le navigateur dominant, grâce à sa stratégie d’intégration avec Windows.
Le web devient ainsi un espace de compétition entre les différentes entreprises pour contrôler l’accès à l’information et aux services en ligne. C’est ce que l’on a appelé « la guerre des navigateurs ».
Un protocole ouvert
Dès les débuts du web, Tim Berners-Lee a fait le choix de rendre le protocole HTTP ouvert et gratuit, pour permettre à n’importe qui de créer des pages web et de les publier sur le web.
C’est notamment cet aspect du web qui a permis de fédérer une communauté d’acteurices engagé·es dans la mise en partage du savoir.
Le code des pages web est également ouvert, ce qui permet à n’importe qui de les consulter et de les modifier. C’est ce qui a permis au web de se développer rapidement, en permettant à une communauté de développeurs de créer des outils et des services pour faciliter la création et la consultation de pages web.
D‘ailleurs, au début, la mise en forme d’un site était définie par les paramètres du navigateur. Ce qui rendait aussi les pages web très homogènes, et limitait les possibilités de création pour les développeurs.
Par la suite, des langages de mise en forme comme le CSS ont été développés pour permettre aux créateurs de sites web de contrôler l’apparence de leurs pages.
En résumé, le web c’est :
- Un système de publication et de consultation d’informations,
- qui est basé sur le concept d’hypertexte afin de proposr une navigation non linéaire,
- qui est un protocole ouvert et gratuit,
- qui a permis de fédérer une communauté d’acteurices engagé·es dans la mise en partage du savoir
À suivre,