Community Memory Project

Le projet Community Memory démarre en 1972 dans une usine de friandises à San Fransisco. Il consiste en un ordinateur, mis en partage, afin que toute la communauté puisse échanger et communiquer.

C’est avant tout un projet collectif, mené par un groupe investis dans les questions du commun. On y retrouve des personnes comme Lee Felsenstein ou Judy Milhon, figure majeure du mouvement cypherpunk.

Article publié sur Le Monde, le 17 septembre 2023

Les ordinateurs sont à l’époque de très gros objets, visibles uniquement dans les universités ou les agences gouvernementales. Le projet est en soi une véritable prouesse technique : il s’agit d’un terminal connecté à un ordinateur central, qui permet à n’importe qui de se connecter et d’échanger des messages.

Le terminal vu de face

Bien avant la démocratisation de l’internet et du web, ce projet est une première démonstration de ce qu’une communauté peut créer lorsque les savoirs sont mis en commun.

Terminal Community Memory

C’est ce que Pierre Levy appelle « l’intelligence collective ». C’est à dire la capacité d’une communauté à créer des savoirs et des connaissances qui dépassent les capacités individuelles de chacun de ses membres.

Pierre Lévy, L'Intelligence collective, éd. La Découverte, 1997

On tape un message, on lui associe des mots-clés, et le système permet à d’autres de retrouver, prolonger, répondre. C’est, vingt ans avant, un proto-forum de discussion.

Pour que l’interface soit moins intimidant, on le met dans une boîte en carton afin de cacher les câbles et les composants électroniques. Le tout ressemble à une machine à écrire et bureau, des éléments familiers qui donnent une indication sur les manières d’interagir.

Un terminal Community Memory installé à Leopold’s Recrods

C’est la même métaphore (la « desktop metaphor ») qui va inspirer les interfaces graphiques des premiers ordinateurs grand public.

Magic Desk, Commodore, 1983

Ces réponses (à la fois ergonomiques et esthétiques) montrent l’importance de la conception d’un interface adapté pour que l’on puisse interagir de manière intuitive avec le dispositif.

Douglas Engelbart, Mother of All Demos, 1968

Voir la vidéo

C’est ce qui a contribué à ce qu’autant de personnes puissent s’approprier et utiliser les terminaux pour échanger au sein de leurs communautés, permettant de développer des intérêts et de nouvelles connaissances.

Community Memory, Leopolds Records, Berkeley, 1973

Cette sensation – de faire partie d’une communauté et de participer à une expérience collective – est aussi présente dans les premières années du web.

Nonie’s DiCaprio Art Page, 1998

Construire son espace soi-même était – avant les plateformes et les réseaux sociaux – la seule manière pour pouvoir partager du contenu.

Dragan Espenschied et Olia Lialina, projet « One Terabyte of Kilobyte Age », depuis 2013. Restoration de pages GeoCities.

Bien que l’espace soit en théorie ouvert à toustes, il reste néanmoins investi par des personnes qui ont les capacités techniques pour pouvoir construire un site web. Dans les années 2000, avec l’arrivée des premiers réseaux sociaux personnalisable comme Myspace, le web et le code se démocratisent.

Parmis elleux, les artistes ont fait partie des premier·es utilisateur·ices du Web dès 1995 et ont commencé très tôt à créer des pages Web qui faisaient office d’œuvres d’art (notamment Heath Bunting et Vuk Cosic).

Plus tard, Olia Lialina allait devenir une figure majeure en tant que théoricienne, historienne et philosophe, grâce à ses recherches approfondies sur les esthétiques des débuts du Web. Ses contributions à la recherche autour de la plateforme Geocities, par exemple, ont donné lieu à un corpus d’œuvres très important, comme le projet One Terabyte Of Kilobyte Age.

Claude Closky, Bla Bla, 1998

Ésam Community Project

Nous allons renouer avec la démarche du Community Memory et des idéaux des premières années du Web, qui voyaient dans le cyberespace un lieu décentralisé où de multiples formes de connaissances, construites collectivement, pouvaient émerger et s’articuler.

Vous allez penser à une liste personnelle que vous souhaitez partager avec votre communauté. Le choix du sujet est libre – les meilleurs endroits pour bouquiner dans l’école, les meilleurs Kebabs de Caen, les cailloux que vous ramassez régulièrement sur la plage, l’inventaire de vos grains de beauté –, mais vous devez avoir conscience que cette liste, bien qu’intime, sera publique ; partagée et consultable par d’autres.

Le tout sera hebergé sur un serveur local, accessible aux personnes qui partagent le même réseau wifi.

Raspberry Pi 2 Zero

Vous devrez penser une manière d’inventorier vos entrées – un protocole de captation et de restitution.

La forme elle-même devra découler de la logique de collecte mise en place.

L’inventaire peut être photographique

Sous forme de liste

Illustratif

Textuel

Ou encore chronologique

Les objectifs pédagogiques

  1. Découvrir le web, son histoire et ses enjeux,
  2. S’initier au code et en comprendre les bases
  3. Adopter une approche décomplexée et plus consciente du web
  4. Éditer un contenu
  5. Comprendre un système et établir un mode de restitution adapté